L’enfumage de l’hydrogène

C’est bizarre, plus les véhicules électriques se démocratisent et plus on entend parler d’hydrogène. Pour comprendre pourquoi, il suffit d’en connaitre les vraies raisons. Je ne vais pas faire durer le suspens, cette campagne de séduction est juste destinée à repeindre en vert les pompes à essence. Pour les pétroliers et les États, pas question de laisser filer aussi facilement ces vaches à lait que représentent à leurs yeux les automobilistes. Voici donc un très belle exemple de greenwashing que nous allons découvrir ensemble.

L’image d’Épinal

Dans le monde merveilleux des pétroliers vous faites votre plein d’hydrogène et lorsque vous roulez votre voiture ne rejette qu’un peu d’eau. Alors forcément, comparé à ce qui sort d’un pot d’échappement de moteur diesel ou essence, cela fait tout de suite moins dégueulasse pour l’environnement. Sans compter que l’autonomie est beaucoup plus importante qu’avec un véhicule électrique. Voilà donc le rêve que l’on vous vend dans les médias : Une motorisation écologique qui autorise un long rayon d’action. Il ne reste plus qu’aux équipes marketing qu’à pondre de jolies images à grand renfort de fleurs de tournesol et d’oiseaux qui chantent en cœur les louanges de cette panacée universelle.

Les pétroliers bisounours

Le coté obscur de l’hydrogène industriel

Toute cette histoire, c’est un peu comme rentrer dans un restaurant où la salle est très propre et richement décorée. Le service est impeccable et tous les serveurs sont très sympathiques. Sauf qu’en cuisine, c’est plutôt un mélange de Tchernobyl et de fosse septique à ciel ouvert. Pour commencer, il faut savoir que 95% de l’hydrogène est fabriqué à partir d’énergies fossiles telles que le pétrole et le gaz soi-disant naturel. En proportion moindre, les industries pétrochimiques utilisent aussi le bois. Par rapport à ces éléments, on ne va pas s’embourber dans les détails techniques. Tout ce qu’il faut retenir c’est que les différents processus industriels qui permettent d’extraire l’hydrogène sont extrêmement polluants et énergivores au possible. Au final, le rendement de cette opération est vraiment très mauvais. Et encore plus mauvais si on prend en compte le faible rendement des piles à combustible.

Raffinerie petrochimique

Alors à quoi bon pousser vers cette hérésie écologique ? Comme d’habitude, c’est une histoire de gros sous ! C’est juste un très bon moyen pour faire durer au maximum l’utilisation des énergies fossiles en tentant de les rendre plus acceptable face au 100% électrique. Ce qui revient à vous vendre une sorte de pétrole « propre » sans pour autant  arrêter aucun de ses méfaits : Pollution, guerre et corruption. D’où le titre de cet article : l’enfumage de l’hydrogène.

Juste une mise au point

Il n’est pas question non plus de jeter le bébé avec l’eau du bain. En dehors des mauvais plans de l’industrie pétrochimique, l’hydrogène, ou plus exactement le dihydrogène, possède un bon potentiel actuel et futur pour de nombreuses applications. Notamment le stockage des énergies renouvelables par hydrolyse améliorée. Il y a aussi des pistes très intéressantes à base de cellules photoélectrochimiques qui permettent de libérer de l’hydrogène à partir de l’énergie solaire. Mais ceci est un autre sujet, nous aurons l’occasion d’y revenir dans le détail dans une prochaine contribution.

En conclusion

Ce n’est pas moi qui dirait le contraire, actuellement la voiture électrique est loin d’être parfaite à cause de ses batteries. Mais si l’on prend en compte le bilan écologique de cette solution,  il est bien meilleur que celui de l’hydrogène ou des motorisations thermiques. A condition toutefois que le courant soit produit de façon propre à l’aide d’énergies renouvelables. En poussant ce raisonnement jusqu’au bout, cela ne fait que souligner qu’il est aujourd’hui tout à fait possible et très abordable de s’affranchir totalement [Total ment, jeu de mots] des pétroliers en rechargeant par exemple son véhicule électrique à l’aide de panneaux solaires installés sur le toit de son garage. Avouez que c’est une perspective qui ne doit pas franchement enthousiasmer les vendeurs d’or noir.

Inutile de préciser que l’on ne va pas pleurer pour eux. Cela fait des années qu’ils se gavent en détruisant la planète et en la mettant à feu et à sang. Sans oublier le fait qu’ils ont déjà fait tout leur maximum pour empêcher l’émergence de toutes les autres solutions plus propres et moins couteuses que les hydrocarbures qui seraient susceptibles de venir les éclipser. De ce fait, la bonne nouvelle c’est que cette ridicule histoire d’hydrogène correspond à leur dernier chant du cygne. Nous sommes donc en train de changer de paradigme. Les requins de l’ancien monde sont-ils en train de se faire manger par une nouvelle espèce tout aussi redoutable ? Ou bien allons nous enfin basculer vers une autonomie responsable ? Personnellement, je ne possède pas de boule de cristal. Tout ce que je peux en conclure c’est que le citoyen-consommateur va décider s’il reprend son destin en main ou s’il l’abandonne encore à des oiseaux de mauvaise augure. En attendant, concernant les pétroliers qui commencent à craindre pour la pérennité de leurs profits, je vais laisser le mot de la fin à un éminent professeur :

 

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2 Commentaires

    1. Emmanuel Riolet

      Bonjour Mélanie,

      Merci pour votre message. Concernant le bioéthanol, c’est un peu comme pour l’hydrogène. Il y a quelques points positifs et des points extrêmement négatifs. Dans le positif il est clair que c’est une énergie produite localement, ce qui est mieux que de bombarder des populations pour avoir accès à leurs réserves d’hydrocarbure. Pour les cotés négatifs, je vais vous répondre sous forme de questions : Dans quelles conditions les betteraves destinées à servir de carburant sont-elles cultivées ? Seule une petite partie de cette plante est utilisée pour produire de l’alcool, que devient le reste ? Le processus chimique qui conduit à un carburant standardisé est-il respectueux de l’environnement ? C’est autant d’éléments qui permettent de se forger une opinion sur ce biocarburant pas bio du tout.

      Pour répondre votre question sur le gaz. Oui il est facile d’adapter un véhicule à condition qu’il n’y ait pas trop d’électronique. Quant à la production locale d’une bonne alternative il y a bien sûr le biogaz qui recèle un excellent potentiel – malheureusement sous-exploité. On proposera un cycle de formation en ligne d’ici quelque temps, histoire de faire bouger un peu les choses de ce coté là.

      Bonne journée

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