La véritable saga d’Erick le Rouge

Couverture du livre electronique gratuit La véritable saga d'Erick le Rouge par Jean Vilain

La véritable Saga d’Erick le Rouge

ou « Le fond de l’air effraie sous ces latitudes. »

 

Été 981, première quinzaine du mois de juillet, quelque part sur la côte islandaise…Il faut chaud (normal, c’est l’été !), très chaud. Si le thermomètre avait déjà été inventé, le mercure indiquerait dans les 14° centigrades, une vraie canicule. (L’Islande bénéficie d’un climat exceptionnel comparativement aux autres terres situées sous cette latitude. Grâce aux influences atlantiques les températures y sont de l’ordre de 0° l’hiver et de 11 à 11° l’été.)

Donc, il fait beau et ça tombe bien, parce que ce jour-là est jour de ripailles: l’Althing. En ce jour, chaque année, la quasi-totalité de la population de l’île se réunit. Dans une ambiance festive, (c’est à l’occasion de ces festivités où la population de l’île se mélangeait que les hommes prenaient épouse) sont votées les lois et se tiennent les procès. Malgré cette longue période de chaleur (on a vu au plus fort de l’été des températures avoisinant les 16°), peu de vieillards sont décédés et, en tous cas, aucun de déshydratation, les quelques raids lancés sur l’Angleterre ont rapporté gros et la fille du Chef local, au nom parfaitement imprononçable, se marie… Avouez qu’il y a de quoi faire la fête ! Les participants ont bien l’intention qu’elle soit une réussite… Les bœufs et les cochons grillent sur les brasiers, les tonneaux de cervoise, dérobés aux Anglais, sont au frais, les tables sont dressées. A la place de chaque convive, une écuelle, une sorte de cuillère en bois, et un crâne en guise de hanap. Chacun fournira son propre tranchoir, couteau, épée ou autre instrument selon sa préférence. Face au lieu de banquet, une estrade où les musiciens accordent leurs instruments. Bref, tout est prêt pour que la journée s’avère joyeuse…Les futures mariées sont à l’heure actuelle dans la maison commune où elles revêtissent la traditionnelle robe, aidées par l’ensemble des femmes déjà mariées ou veuves, qui, chacune à son tour, leur dispense leurs conseils.

(Nous n’avons retrouvé que très peu de documents à ce sujet mais nous sommes en droit de supposer que ces conseils ressemblent comme deux gouttes d’eau à ceux qui sont dispensés en pareille occasion n’importe où ailleurs dans le monde, à savoir des trucs dans le genre : « Te laisse pas faire, ils ont des grandes gueules, les mecs, mais aussitôt que tu l’ouvres un peu à la maison, ils rabattent leur caquet ! »,  » Ma fille, n’oublie jamais que les hommes, c’est par la queue (de la casserole) qu’on les tient ! »….Bref, ce genre de petits conseils que toute ancienne a, de tout temps, donné à chaque nouvelle épousée et qui font que le sexe fort n’est pas forcément celui qu’on croit.)

Les mecs (puisqu’on en parle) pour meubler le temps prennent un peu d’avance en vidant un crâne ou deux, histoire de se mettre en appétit. Certains jouent aux osselets, d’autres parient sur le résultat du combat de lutte qui est en train de se dérouler….Bref, c’est la fête !

Est-ce le hasard ou y a-t-il derrière tout ça un génial metteur en scène ? Quoiqu’il en soit, au moment où les futures mariées sortent de la maison commune en compagnie de la nuée caquetante qui les accompagne, l’orchestre attaque les premières notes (si on peut dire) d’un hymne improbable et tonitruant. Au même instant (ce qui tendrait à prouver que tout ça n’est pas le fruit du hasard mais qu’un Patrice Chéreau local œuvrait dans l’ombre), les cuisiniers, croulant sous le poids, amènent péniblement les bœufs et cochons rôtis empalés sur les broches et ruisselants de graisse… Aux bruits émis par l’orchestre (comment dire autrement) les hommes se sont dressés (hormis un des lutteurs qui restera au sol encore un bon moment) et viennent faire une haie d’honneur au cortège formé par les femmes… Les cris fusent…. » Putain, l’est pas dégueu la môme! », ‘ »L’en a d’la chance le Sédrick, c’est un beau p’tit lot » …. Rien que des compliments et des Vive la Mariée à n’en plus finir… Certains cognent comme des sourds sur leurs boucliers avec leurs épées, d’autres sur l’épaule du voisin, ça rit, ça chante, ça pleure…Comme dans un mariage bien de chez nous, les épées en plus…Les futurs époux s’avancent à leur tour et c’est de nouveau des cris, des piaillements. L’orchestre s’en donne à cœur joie, entre autres le batteur (dirions-nous de nos jours) qui tape à qui mieux mieux sur ses tambours et tout ce qui se trouve à sa portée avec une énergie qui fait plaisir à voir. Il doit vraiment y avoir un metteur en scène car tout aussi brutalement que le vacarme avait commencé, le silence se fait…

La cérémonie commence et on peut dire que grosso modo ça se passe à peu près comme chez nous… Une espèce de Chaman baragouine un tas de choses, pose des questions aux futurs époux, ceux-ci acquiescent et l’autre reprend son baragouin. Quand il a fini, le bordel sonore reprend et tout le monde se rue vers les tables maintenant chargées de victuailles.

Je ne m’appesantirai point sur le manque de savoir-vivre du Viking en train de se nourrir…Rien à voir avec ce qui se pratique dans les salons de l’Élysée et autres demeures monarchiques… La France d’en bas, elle-même, a de plus suaves manières, n’en déplaise à Raffarin…. Pour ripailler, ça ripaille, c’est le moins que l’on puisse dire… Pour vous donner un ordre d’idée, les protagonistes de « La grande bouffe » se comportent comme des seigneurs comparés à ce que nous voyons se dérouler sous nos yeux….Un repas de fête gaulois mais plus rustre, si vous voyez ce que je veux dire ! Et par-dessus tout ça, l’orchestre noie les cris des convives sous un flot de sifflements, stridulations, tintements et autres fracas….Imaginez que vos pauvres oreilles soient soumises aux sons suivants: « Zim, vlan, tilt, tam-tam, splash, pif, pan, miaou, boum, glouglou, dzim-boum-boum, crrrr, coin-coin, clac, aouh, ta gueule, cocorico, ding, dong, cot-cot-codec, flip, flac, drelin-drelin, oua-ouah, vive la mariée, blurpp….et j’en passe, le tout émis simultanément et vous aurez une vague idée de l’ambiance régnant sur ce mariage… Pour avoir de l’ambiance, y a de l’ambiance… Ça chante, ça rigole, ça s’engueule ….Ça s’engueule même très fort, là-bas… Tellement fort que le silence se fait peu à peu autour de cette algarade… Tous les yeux se sont tournés vers les protagonistes, même le batteur fou s’est figé après avoir donné un dernier coup de gourdin sur son voisin de gauche…. C’est une bagarre, une vraie, une comme ils aiment… Ils retiennent leur souffle quand les deux adversaires d’un même élan grimpent sur la table.

Fin du 1er épisode

Épisode suivant

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